Mardi 24 juin 2008
publié dans : VIE QUOTIDIENNE

Voilà un sujet compliqué à traiter, c'est sûrement pour cela que je me suis retenu d'en parler trop vite, histoire d'avoir un peu de recul pour comprendre.

Cette relation avec l'argent est vraiment très différente de ce que l'on peut vivre en France. Si on devait résumer, en France, il est rare que quelqu'un « de connu » ou pas vienne vous demander de l'argent (à l'exception des SDF…). Ou si tel est le cas, ce sera sûrement pour régler une situation grave, le demandeur sera très gêné de vous le demander et vous remerciera mille fois avant de partir. De plus, l'argent que vous gagnez, c'est le vôtre, et il est, à ma connaissance, rare qu'on le distribue en fin de mois, aux frères, aux sœurs, aux grands parents… En bref, chez nous, l'argent est un peu tabou, et quand quelqu'un en manque, c'est un peu « chacun pour soi ».

Ici, au Cameroun, ou tout au moins le sud Cameroun, la relation à l'argent est bien différente. D'abord, il y a la notion de la famille qui est bien différente. Ici, sous son toit, on aide la famille. Je prends un exemple d'un professeur que je connais bien. Il a chez lui : lui, sa femme, ses enfants légitimes, quelques orphelins (qui viennent d'où ?), un cousin. Une de ses filles a eu un enfant mais le père est parti en les laissant. Tout le monde est là dans cette petite maison, lui est prof. Sa femme fait de la couture pour essayer d'arrondir les fins de mois. Ils doivent donc nourrir et aider tout ce petit monde. Et quand il rentre au village, là ou ses parents habitent, il doit encore amener l'argent pour payer le savon et la ration alimentaire. Voilà, ici, on a le sens du partage avec ceux de la famille. Ou disons plutôt que celui qui a réussi se doit d'en partager les fruits avec les autres, s'il ne le fait pas, les autres n'attendront pas pour lui rappeler.

A première vue, on dira « que c'est beau, tout ce partage, toute cette générosité ». Maintenant en regardant de plus près, voilà ce que l'on peut en penser. En discutant avec le gardien du collège, il disait que quand il rentrait au village, il ne restait pas souvent, car au bout de quelques jours il était « foiré » ; il n'avait plus d'argent. En clair, toute la famille et le village le sollicitait pour qu'il donne un peu d'argent. Lui même dit que c'est fatiguant, du coup il y va moins souvent.

Voilà, vous avez compris, c'est celui qui a réussi, celui qui est « en haut », qui doit donner aux autres. Ah oui, j'oubliais. Le plus drôle, c'est que quand quelqu'un donne, on ne le remercie pas. Non, pourquoi ? Lui a réussi, il donne, mais c'est normal, il a réussi. L'inverse, serait par contre anormal. C'est une règle, une habitude. Nous en France, on ne remercie pas le conducteur qui nous laisse la priorité à droite, pourtant, il « fait » quelque chose, il nous offre la priorité. Pourtant pas de « merci », par contre s'il ne vous laisse pas la priorité là les injures fusent. Ici, c'est un peu pareil, celui qui a l'argent doit donner, c'est la règle, mais on ne remercie pas, c'est comme ça !

Et nous dans tout cela ? Vous imaginez bien que lorsque nous, les blancs, nous arrivons dans cet aspect culturel très différent du nôtre, ça perturbe un peu. Disons d'abord que « le blanc a l'argent ». Ah ! Le blanc et le merveilleux monde des blancs, un vrai paradis ! Non ?!? Récemment, un de mes collèges de travail était très étonné quand je lui disais qu'en France aussi il y avait de la boue. « Mais la boue, c'est sale ! Comment il peut y avoir cela en France dans un pays aussi riche ? ». Ah ce beau pays où l'argent coule dans le caniveau, il n'y a qu'à se baisser pour le ramasser. Sans chômage… On m'a d'ailleurs demandé comment je pouvais connaître ce mot là, car en France bien sûr, on ne connaît pas le chômage on n'imagine même pas ce que cela peut être. Les camerounais ont beaucoup d'idées préconçues sur la France. Mais, vous en assez sûrement tout autant sur l'Afrique !!Enfin bon j'arrête là mes exemples. Vous comprenez bien qu'expliquer à un camerounais que tous les blancs ne sont pas riches, c'est chose impossible.

Par conséquent, dans la rue, au boulot, même à la maison, des gens connus ou pas, adulte ou enfant viennent nous voir, viennent sonner à notre porte (ou plutôt toquer car il n'y a pas de sonnette) pour avoir « l'argent ». C'est normal, nous on a réussi, on a un travail et en plus on est blanc. C'est donc tout à fait normal de donner. Ce qui est perturbant car en France, on n'est jamais sollicité comme cela. Ici c'est tous les jours. Encore une fois, c'est pas juste nous, disons que tout le monde sollicite tout le monde. Vous êtes camerounais, vous portez le costume, vous serez forcement sollicité au même titre que le blanc… Les demandes sont perturbantes mais on apprend très vite à passer outre, de toute façon on n'a pas le choix, on ne peut pas donner à tout le monde.

Quand c'est un ado avec une clé USB autour du cou, le dernier portable Nokia en main et des Nikes aux pieds, on n'a pas de mal de lui dire d'aller se faire voir, par contre quand c'est un petit de six ans qui se rapproche de vous, il vous tend la main, non pas pour toucher la peau du « blanc » mais pour réclamer l'argent pour acheter à manger, là c'est plus dur. Ensuite cela dépend de sa prise de position. De notre côté, on ne donne pas trop. (Oui je sais, on est les gratos !!) Disons que c'est pas que l'on ne veut pas, mais c'est que culturellement on a pas l'habitude. De plus, notre budget le permet pas trop et enfin, on n'aime pas trop « donner le riz », on préfère « leur apprendre à le faire pousser ». C'est un choix, La technique est plus longue à mettre en place, mais nous sommes là pour 2 ans, non !!! Mais allez expliquer ça à un camerounais qui a faim, c'est pas gagné !!!

Non, le plus déroutant c'est que quand on donne, pour aider quelqu'un, on s'attend à un merci, à une reconnaissance. Mais comme je le disais plus haut, ici, c'est normal de donner, donc en échange, on ne reçoit pas un merci, même pas un signe de la tête, avec un peu de chance, on aura une réflexion du style « tu pourrais donner plus !!! ». Et à l'inverse, quand on ne donne pas, là on voit bien qu'on les choque, le plus « parlant » est sûrement avec les enfants. C'est comme si, un enfant assis sur les genoux du Père Noël entendait de sa bouche qu'il n'aurait pas de cadeau, moi je vois déjà dans ses yeux, une lueur d'injustice, d'incompréhension voire de haine. C'est ce même regard que l'on a quand on dit « non, il n'y a rien ».(Sous entendu, non les poches son vides, il n'y a rien pour toi).

La conséquence de tout cela est que si l'on ne fait pas l'effort pour comprendre tout ceci, on se sent littéralement agressé dans la rue, au boulot par toutes ces demandes, ces « agressions culturelles ».

Mais qui a raison dans tout cela, nous les blancs qui sommes bien polis et surtout bien égoïstes ou les Africain qui partagent mais ne remercient pas ?

Je vous laisse donc méditer un peu sur ces phrases sûrement un peu trop philosophiques pour moi.

Et pour finir, une petite photo faite pendant les épreuves de sport au Bac. Les élèves font des paris sur les autres élèves en train de passer leur épreuve…

Et voici un peu comment s'habille les filles pour passer leur épreuve (mais on fera prochainement un article dessus, avec quelques photos assez drôles…) :

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