Aujourd'hui, nous sommes le 20 mai 2008. C'est le jour de la fête nationale. Bien-sûr c'est férié et pour ne pas changer les bonnes habitudes, aujourd'hui aussi on défile ! Le but de mon article n'est pas de parler de la fête mais plutôt de parler de ce qu'il ce passe quand on est blanc et que l'on se ballade dans une petite ville Camerounaise.
10h du matin. Je suis assez content car c'est une des premières fois que j'ai vraiment le temps d'aller faire des photos de notre ville, Mbalmayo. Il y a bien eu le 1 mai, mais disons qu'il faisait tellement chaud que je n'ai pas eu le temps de faire ce que voulais et j'ai quand même terminé comme une écrevisse… Cette fois-ci, je suis prêt, manche longue, crème solaire, 2 batteries, j'ai même mon polarisant (encore merci patron !!), Je suis en pleine forme et je suis bien décidé à ramener quelques bonnes images.
Je sors de la maison, je prends la moto taxi, qui m'amène au centre ville. Et là : « que la fête commence !» Commençons d'abord par les photographes. Disons qu'ils sont tous venus soit pour que je leur donne mon appareil, soit pour que je le vende à un bon prix ! Entre temps, j'ai aussi eu droit à trois demandes en mariage ! Petit extrait de la discussion :
Voilà un exemple de discussion, c'est drôle une fois, mais à chaque coin de rue c'est plutôt fatiguant. Au début, on est plein de bonne volonté on essaie de discuter pour leur montrer que sans diplôme, ils seraient malheureux en France. Mais là, c'est mission impossible.
Je progresse dans la foule. Toujours pas l'occasion de faire une photo. J'ai oublié de dire qu'aujourd'hui, ce sont les enfants des écoles qui défilent, de la maternel au lycée. Il y a beaucoup « d'enfants »(un enfant ça va de 0 à 20 ans…). Là aussi, pendant la matinée, pas moins de 15 ou 20 enfants de 6 à 10 ans sont venus me voir pour que je leur donne « l'argent de la fête ». Et oui, « le blanc a l'argent », même les enfants pensent cela !!! Avec un adulte on peut encore discuter, mais avec un enfant de 5 ans, qui vous regarde avec ses yeux tout rond du haut de ses 0,80 m, vous allez dire quoi ? Le pire, c'est qu'ils sont coriaces. Ils sont du genre à te suivre pendant 5 minutes en ne te lâchant pas du regard. Comme ci c'était tellement normal que l'on doit leur donner qu'ils insistent vraiment…
Je progresse encore dans la foule. Là, je tombe sur les profs du collège. Je me dis que je vais être tranquille, entouré d'autres Camerounais. Les enfants me lâchent, mais l'aventure continue. En effet, arrive le « Délégué ». C'est une sorte de représentant du ministère de l'éducation pour notre région. Je le connais déjà. J'ai eu quelques antécédents avec lui !!! Il y a quelques jours, les épreuves de sport du bac se sont déroulées dans notre collège. Bien-sûr, j'ai sauté sur l'occasion pour faire quelques images. Là, le délégué qui était là, a commencé à me faire des problèmes. Soit disant que je n'avais pas le droit de photographier. Finalement, il a conclu que je devais lui donner un pourcentage sur les photos que j'avais faites. Pourcentage de quoi ? Et bizarrement, là cela devenait légal !! Bref, il voulait l'argent !
Le délégué est donc là, à la fête. Et il me relance cette histoire de pourcentage. Je lui dis : « j'ai gagné tellement d'argent en vendant ces photos, je te donnais un très gros pourcentage !!! ». Il comprend que me moque de lui et se met à me menacer en me disant « Je vais demander à la principale du collège d'enlever cela sur ton salaire ». Non, non il ne rigolait pas. Les profs n'interviennent pas, ils ont trop peur du ministère !! Je lui dis donc en rigolant : « la connaissant, je suis sure qu'elle sera d'accordJ, non ce qui me gêne, c'est que c'est moi qui calcule et qui donne les salaires ». Il est partie en me regardant avec un regard « noir » !! Il n'aura rien de moi, ministère ou pas… On entend souvent la phrase « le blanc-là dérange », vous comprenez mieux pourquoi ! Affaire à suivre…
Je quitte les profs qui n'ont pas été d'un grand secours (ici, la corruption est une fatalité, et les gens préfèrent payer plutôt que de « défendre » !). Je commence à faire quelques photos… Il y aussi un autre gars là-bas, qui photographie aussi les gens qui passent. Il vient me voir un peu énervé comme si il allait m'en mettre une. Voici un petit extrait de la discussion.
Ils sont taquins les Camerounais. Mais avouez que cela devient un peu fatiguant. Il faut toujours faire du « boucan » (gueuler) pour faire respecter ses droits. C'est d'ailleurs, l'un des premiers qualificatifs qu'un touriste ferait en décrivant les Camerounais : « Fatiguant ».
Ha oui, j'oublie. Ici les photographes, ne sont pas là pour faire de la presse. En fait, les gens qui le désirent se font photographier et le lendemain le photographe apporte la photo qu'il leur vend. Il y a donc une multitude gens qui viennent me voir pour « faire la carte » comme on dit, pensant que je leur vends la photo ensuite !!! Les photos posées à la Camerounaise, ça ne m'intéresse pas. A l'inverse, les photos un peu plus recherchées, là c'est plus dur car pour photographier les gens qui ne l'on pas demandé, là c'est à moi de payer. Qu'est ce qu'ils ne feraient pas pour prendre l'argent du blanc !!! Mais là aussi, ils n'auront rien.
Puis, je vais boire un coup avec les profs. Je me dis que c'est une bonne occasion pour changer de l'univers du boulot. Là aussi, ils réclament tous pour que je paye la bière. Bien-sûr, je suis blanc, j'ai donc l'argent. Mais le collège à déjà donné l'équivalent de deux bières de 65cl par personne. J'ai horreur de cette façon de réclamer, ils n'auront rien. De plus, ils parlent tous en Ewondo. C'est sympa, vous êtes au milieu de tout ce monde, mais personne ne fait l'effort de parler Français…Je ne comprends rien. Pour couronner le tous, il y a même un prof qui me dit « mais pourquoi tu restes là, tu ne parles pas et en plus tu ne nous as pas servi à boire, tu ne sers à rien». Là c'est trop, je m'en vais…
Voilà, je rentre, je suis fatigué. Fatigué par tous c'est gens qui ne voient en nous qu'un billet géant et qu'un passeport pour aller en France.
Bien-sûr, ils ont leur raisons, ils gagnent peu d'argent, il y a des séquelles de la colonisation, et la barrière culturelle fait que nous analysons et comprenons les choses différemment. Mais aujourd'hui, les magnifiques joies de la découverte des différences interculturelles, ça me saoule…
Excellent semaine. (A Popi et tous les fidèles)
Après avoir relu l'article je me dis que je vais quand même finir par quelque chose de positif !! Voici le résultat quand ici on demande la « carte ». On a une photo, format 10X15 (carte postale en fait, d'où le nom !!), prise en « pied » avec une fond Kitch (non pas guitch, mais Kitch !), une pose des plus classique et surtout un grand sourire. Oui, le sourire sur les photos, ça aussi c'est culturel !!
Un autre exemple, je « filme » deux profs. Voici le premier résultat :
Je quitte l'œil de mon viseur, et je leur dis. « Non, non on ne s'est pas bien compris, si c'est moi qui filme, il faut sourire ! On n'est pas à des funérailles !! » (Là aussi, l'argument n'est culturellement pas bon vu qu'ici, les funérailles sont très festives !!!).
Réponse : « Ha oui, Mr Guillaume, je vais sourire. »
Je recadre, je déclenche, ça donne ça :
Là, je le regarde, désespéré.
Lui, il me dit : « vous avez vu
Mr Guillaume, j'ai souri, hein Mr guillaume, j'ai souri… ».
On va finir par préférer les « filmer » de dos…